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Nature rapaillée, version 4

Résidence de création à Rurart, art contemporain en milieu rural
octobre 2025

         Intervention in situ avec la cire d'abeille sur un vieux pommier, 2025. 
                                                         Photo : Véronique Hamel


À mon arrivée à la ferme la Généreuse, il me faut explorer le lieu physiquement pour faire de l’espace dans ma tête et ouvrir un chemin créatif. Il faut apprendre la forêt avec l’humilité d’un citadin. Il faut écouter, sentir, s’imprégner de la nature.

Forêt, clairière, sous-bois, sentiers, marécages, ponts, rucher, érablière, verger, toutes ces zones forment une aire de jeu cohabitant avec l’art.

Dans la grisaille automnale, ramper dans les feuilles mortes jusqu’à toucher l’eau du lac, contempler les abeilles qui vont et viennent sur le site du rucher, faire des sons et de la musique dans la serre de légumes et de fleurs, participer au travail de la ferme, un véritable atelier à ciel ouvert. Chaque geste nous rappelle que l’art peut se produire partout et qu’avant tout, il s’agit d’une rencontre humaine.

Et soudain, un balai de sorcière tombé d’un sapin devient une sculpture avec l’apport d’un baume réparateur, la cire d’abeille.

                       Sculpture éphémère intitulée Le balai de sorcière, 2025. 
                                                         Photo : Luc St-Jacques


Mes sculptures produites à Rurart contiennent des matériaux naturels bruts collectés sur le site. Par contre, certaines composantes sont marquées par la trace de l’activité humaine. Les cœurs de pommes que j’ai assemblés dans quelques sculptures contiennent la salive des mangeurs, une alliance de la nature et de la culture. J’ai également utilisé la pulpe des résidus organiques issue de la fabrication du jus de pommes, activité à laquelle j’ai participé.

Vers la fin de mon parcours à Rurart, après avoir produit en atelier une multitude de sculptures vouées à l’éphémère, spontanément mon corps s’est orienté vers un vieux pommier. J’ai ressenti le besoin d’intervenir sur ses bras tordus avec la cire d’abeille présente dans tout mon processus d’expérimentation. Véritable sculpture, le pommier reçoit donc sans broncher une matière que la nature reconnaît, que l’humain reconnaît.

Lors de la journée de fin de résidence, comme dans les trois premières versions de Nature rapaillée, les sculptures réalisées ont été distribuées avec le protocole habituel. Pour les participant.e.s, il s’agissait donc de trouver un endroit signifiant en nature pour réinstaller la sculpture et la voir disparaître dans un nouveau paysage. Cette expérience à Rurart marque la fin de ce cycle de création débuté en 2021.

Merci à Amélie, Francine, Laëtitia, Véronique et Sylvie, ce fut un plaisir de vous côtoyer durant cette résidence. Sans oublier toute la communauté autour de Rurart et de la Généreuse.